NADA QUE O SOL NÃO EXPLIQUE
NOTHING THE SUN COULD NOT EXPLAIN
Post-concrétisme. Les camps sont assez bien délimités, et si l'on avait du mal à s'y retrouver, la récente anthologie états-unienne bilingue de la poésie brésilienne contemporaine nous aiderait plus ou moins définitivement à tracer la frontière. Organisée par Régis Bonvicino et Nelson Ascher, elle réunit vingt élus qui vont de Torquato Neto à Ruy Vasconcelos de Carvalho, en passant par les organisateurs eux-mêmes. Bénéficiant de l'intérêt du poète Michael Palmer et du soutien d'un éditeur californien de qualité, Sun & Moon Press, Nothing the sun could not explain (San Francisco, 200 p., 15,95 US$) présente aussi l'atout d'une très sérieuse introduction due au diplomate João Almino. Celle-ci défend de façon pondérée et moins engagée que l'introduction qui lui fait suite les choix opérés, en avançant notamment le concept de génération «post-concrétiste». Vitrine d'une poésie par ailleurs si difficilement présente en terre étrangère, l'ouvrage fait évidemment l'objet de commentaires nombreux et attentifs, sinon vigilants, de la presse brésilienne. Les uns pour s'en féliciter et rappeler qu'une entreprise de telle envergure était attendue depuis l'anthologie essentiellement moderniste organisée par Elisabeth Bishop. Les autres pour contester les parti-pris et regretter les absents : Hilda Hilst, Adélia Prado, Manoel de Barros, Orides Fontela, Armando Freitas Filho Quoi qu'on en pense, l'ouvrage fournit une photographie certes partielle et partiale (laquelle ne l'est pas ?), mais néanmoins fort intéressante de la production poétique contemporaine.
On prolongera avec profit cette lecture par la réflexion que poursuit le même João Almino dans la petite collection Memo éditée par la Fundação Memorial da América latina. Bénéficiant de sa double expérience états-unienne au titre de consul brésilien à São Francisco (fonction qu'il exerce désormais au Portugal) et de professeur de littérature brésilienne à Berkeley et Stanford, Brasil/ EUA - Balanço poético (41 p.), il confronte le destin parallèle et de plus en plus croisé des deux domaines poétiques. Dans la même collection, qui publie mensuellement un texte bref sur la littérature, les arts ou le cinéma, voire un conte ou des poèmes, on lira l'étude d'Aracy Amaral sur Damian Bayón : um olhar sobre a América (21 p.) et O Lado obscuro, une brève anthologie de dix poètes (et de dix-huit poèmes) hispano-américains organisée et traduite par Nelson Ascher (24 p.).
Carlito Azevedo a publié son troisième recueil de poèmes au moment où le jury Nestlé le nominait parmi les trois auteurs de l'année (derrière Manoel de Barros et Ruy Espinheira Filho), dans la catégorie des poètes dejà consacrés. Sob a noite física (Sette Letras, 70 p., 15 R$) doit son titre à un vers d'un poème de Drummond sur le graveur Oswaldo G ldi, «pesquisador da noite moral sob a noite física». Imitation d'insomnie, cette poésie noctambule n'exclut pas l'onirisme et n'oublie pas non plus les nombreuses références picturales de ses précédents recueils c'est ainsi que As Banhistas, qui rendait en particulier hommage au peintre Felix Valloton, avait reçu le prix de l'Association Pauliste des critiques d'art. Dans la catégorie des poètes «débutants» ont été retenus par le jury Nestlé, dans l'ordre, Antonio Cícero pour Guardar (Record), Heitor Ferraz (Resumo do dia, Ateliê Editorial) et Álvaro Mendes (Íris breve, Sette Letras).
Riaudel
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